Villeneuve de la Raho
Personnalités

Alfred Sauvy


Alfred Sauvy était né le 31 octobre 1898 à Villeneuve de la Raho où son père, Louis Sauvy, possédait le domaine viticole de Richemont et, s’il passa par nécessité presque toute son existence à Paris, il resta profondément attaché à son pays et ancré dans ses racines familiales.

Vers dix ans, il fut envoyé au collège Stanislas à Paris où il excella en tout et particulièrement en mathématiques. Entrer à l’Ecole Polytechnique semblait être la voie évidente qui se présentait à lui.

Alfred Sauvy, qui avait passé à quinze ans son premier baccalauréat dans la section latin-sciences, puis le second en mathématiques, fut mobilisé le 18 avril 1917, à dix huit ans et demi ; l faisait partie d’une division de cavalerie, qui était envoyée en rescousse quand les Allemands perçaient le front. Son père fut tué le 9 août 1918 à Montdidier.

 Il laissait une veuve et cinq orphelins. La propriété de Richemont était vendue. Jeanne Sauvy et ses enfants se replièrent sur Paris. Démobilisé le 25 octobre 1919, Alfred Sauvy prépara le concours de l’Ecole Polytechnique, dans la classe dite « spéciale », qui était celle des candidats ayant participé à la guerre et subit de ce fait un retard d’âge. Il fut reçu le 30 mai 1920.Quand il sortit de l’Ecole, il devint statisticien, profession fort peu en vogue à l’époque, voire inconnue…

Il ne cessa d’écrire. Fidèle au principe professionnel qu’il s’était fixé très tôt, « Eclairer l’action », il rédigea, à côté de ses deux principaux ouvrages scientifiques, « La théorie générale de la population » (1952, entièrement révisée en 1963 et 1966) et « L’Histoire économique de la France entre les deux guerres (1965-1975, édition révisée et augmentée en 1984) de nombreux livres destinés à éclairer l’opinion. Citons parmi eux « Bien-être et population » (1945), « Des Français pour la France », en collaboration avec le, Professeur Robert Debré (1946), « Le Pouvoir et l’opinion » (1949), « L’Europe et sa population »(1953), « Bureaux et bureaucratie » (1956), « De Malthus à Mao Tsé-Toung » (1958), « La montée des jeunes » (1959), « Malthus et les deux Marx »(1963), « Mythologie de notre temps »(1965), « Le Socialisme en liberté » (1970), « La Révolte des jeunes » (1970), « De Paul Reynaud à Charles de Gaulle » (1972), « Croissance zéro ? » (1973), « L’Economie du diable » (1976), « Coût et valeur de la vie humaine » (1977), « La Tragédie du pouvoir »(1978), « Humour et politique » (1979), « La Machine et le chômage » (1980), « La Vie en plus »(1981), « Mondes en marche » (1982), « Le Travail noir » (1984), « L’Europe submergée » (1987), « Aux sources de l’humour » (1988), « Les Pensées de Tristan Bernard »(1989)

Dans le même souci d’information, Alfred Sauvy donna à de nombreux journaux ou magazines (Le Monde, L’Express, L’Observateur, Expansion, etc.…) des articles traitant de l’actualité économique ou démographique, en plus de ceux qui paraissaient dans des revues spécialisées, telles que Population. Jusqu’en 1990, il assura enfin la critique des nouveaux livres d’économie dans les « Notes de lecture d’Alfred Sauvy », que publiait Le Monde.

Diriger L’I.N.E.D. et écrire ne furent pas, loin de là, ses seules activités. Il fut membre du Conseil économique et social de 1947 à 1974, professeur au Collège de France de 1959 à 1969, représenta la France aux Nations Unies, d’abord à la commission de la Statistique, puis à celle de la Population. Il enseigna à Sciences Po, à l’E.N.A., à polytechnique et à l’Institut de démographie de l’Université de Paris.

D’autres activités l’occupèrent encore, telles que le cinéma d’amateur, ou celle de réunir, dans les années cinquante et soixante, une collection de livres anciens d’économie qui comporta environ 1800 volumes. Chacun d’eux contenait un mince feuillet de papier où il avait signalé, de sa main, les principaux points d’intérêt de l’ouvrage. L’ensemble en est maintenant conservé à la bibliothèque de l’Ecole Polytechnique.

Un autre de ses centres d’intérêt fut la langue, qu’il défendit avec ténacité contre l’impropriété, l’impureté et les jargons pseudo scientifiques. A des dates diverses, il publia, dans « Population » et dans « La Revue de Paris », cinq articles sur la langue et il aimait à « traduire » en vrai français des phrases ou des expressions nébuleuses, relevées dans des textes contemporains.

Au milieu des années soixante, il avait acheté, à Montalba-le-Château, non loin de Sournia – un des berceaux de sa famille – un îlot de maisons demi ruinées, qu’il avait restauré, se passionnant aussi pour la remise en état du village et la restauration des remparts, qu’il finança en partie.

Il mourut le 30 octobre 1990, veille de ses quatre-vingt-douze ans, et fut inhumé, selon son désir, au cimetière de Montalba.

Alfred Sauvy était commandeur de l’ordre des Palmes Académiques, grand-croix de l’ordre du mérite, grand officier de la légion d’Honneur et docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères. Il avait reçu, en 1984, le grand prix de l’Académie des Sciences morales et politiques et, en 1990, le grand prix des Nations Unies pour la population ; Alfred Sauvy avait une extrême confiance dans les possibilités qu’ont les hommes à s’adapter, à trouver des solutions nouvelles, à corriger des situations. Les œuvres qu’il nous a laissées y aideront peut-être les hommes de demain…

Extraits de la conférence d’Anne Sauvy-Wilkinson, rédigée en hommage à son père, Alfred Sauvy, à l’occasion du centenaire de sa naissance…